Contines des jours ...

 

 
 

La paysanne corse

 

 

Elle est sortie, toute noire, de la broussaille
Qui serre la sente, venue des entrailles
Du chemin jeté tout contre la mer vive,
Quelques vaches maigres, en bas sur la rive,
Marchent suivies de celles de la lande
Pâle au soleil saturé de lavande.

Elle est sortie noble dans son habit noir,
Sa robe très longue au bas est ivoire
De sable fin. Grande, elle porte bien droit
Le lourd bâton de bois des marcheurs d'autrefois.
Elle avance digne de son large pas lent
Le port altier, les yeux fixés aux lointains blancs.

Elle avance ses vaches devant elle. Statue
Triomphale tirée par l'attelage vaincu,
Elle avance inexorable, hautaine
Un fichu noué sur sa tête de reine,
Elle avance, sa face se fait vieille
Très vieille sous l'ardeur brûlante du soleil.

Elle passe, vieille Corse, loin du temps ;
Sa silhouette est jeune, las le cours des ans.
Qui est-elle, sortie de l'ombre du chemin
À la suite des vaches un bâton à la main ?
L'éternel génie des landes, de la mer,
Apparition, paysanne. Qui le saurait ?

 


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