Coedes Angkor Vat, temple ou tombeau ? EFOE 1933 N0093406_PDF_1_1311

G. COEDES

NOTES ET MÉLANGES

ANKOR VAT, TEMPLE OU TOMBEAU ?


Dans un article intitulé Pradaksina et prasavya en Indochine (1), M. .PRZYLUSK1 reprend une théorie qu'il avait déjà exposée en 1921 dans son cours au Collège de France, et cherche à prouver qu'Ankor Vàt « primitivement, n'était pas un temple, mais un tombeau ».
Cette théorie est basée essentiellement sur deux constatations. La première, que j'ai déjà faite depuis longtemps (2), est que ceux des bas-reliefs d'Ankor Vàt qui ne sont pas composés symétriquement par rapport à un motif central, doivent se lire de gauche à droite, en gardant le monument à main gauche. La seconde, faite en même temps et indépendamment par M. PRZYLUSKI et par le Dr. F. D. K. BOSCH (3), est que les diverses scènes semblent s'ordonner suivant un certain plan : la série commence pour le Dr. BOSCH avec la galerie Est, aile Sud (Barattement de l'Océan), pour M. PRZYLUSKI avec la galerie Sud, aile Est (cieux et enfers), et fait le tour du monument suivant le sens du prasavya.
Qu'Ankor Vàt ait eu une destination funéraire, c'est ce dont je n'ai moi­même jamais douté, bien que M. PRZYLUSKI, en citant d'une façon incomplète un passage de mon étude sur les bas-reliefs (4), donne à ses lecteurs l'impression contraire. J'ai bien écrit, comme il me le reproche : « Ankor Vàt fut à l'origine un temple consacré à Visnu» ; mais j'ajoutais immédiatement après, avec la réserve qu'imposait l'état des connaissances en 1911 « Le culte du dieu y était très probablement associé à celui de Paramavisnuloka, forme divine d'un roi mort. » La suppression de cette seconde phrase, qui ne laisse aucun doute sur ma pensée dès 1911 (5), permet, à M. PRZYLUSKI de s'attribuer le mérite d'avoir été le premier à signaler le caractère funéraire d'Ankor Vàt. Et pour prouver que son opinion, présentée comme contraire à la mienne, a « gagné du terrain », il cite un passage de l'introduction à la troisième partie du Temple d'Angkor Vat (6) où il est dit que « cette déroga‑


(1) Festschrift fur M. Winternitz zum 70ten Geburtstag. Leipzig-, 1933, pp. 326-332.
(2) Les bas-reliefs d'Angkor Vat, BCAI.. 1911, p. 173.
(3) Notes archéologiques. IV. Le temple d'Ankor Vat, BEFEO., XXXII, pp. 12-17.
(4) Luc. cit.. p. 220.
(5) H. G. Quaritch WALES, se référant précisément à ce passage dans ses Siamese State ceremonies, p. 170). écrit : «Coedès has shown that it was indeed the palace of a king, but of a dead one... ».
(6) Mémoires archéologiques EFEO., t. II.

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tion aux règles de la pradaksinà est peut-être due, comme l'orientation anormale du temple lui-même, au caractère funéraire d'Ankor Vàt ». Or cette introduction, qu'il attribue généreusement à M. L. FINOT, est signée en grandes capitales : G. COEDES.
Tout le monde étant donc d'accord sur ce caractère funéraire, il s'agit de savoir si Ankor Vàt est le temple de Paramavisnuloka ou le tombeau de Sùryavarman II. « Pour choisir entre les mots 'temple' et 'tombeau', dit M. PRZYLUSKI, il faut se demander si les rites qu'on y pratiquait s'adressaient à la dépouille d'un mortel ou aux reliques d'un dieu. Dans le premier cas : prasavya ; dans le second cas : pradaksina. Puisque les bas-reliefs sont disposés de telle sorte que le visiteur, en les suivant, accomplit un prasavya, nous aurions tort d'opter pour le mot temple. Bien que le public ait pris, après les érudits, l'habitude de dire `le temple d'Ankor Vàt', cette dénomination n'est pas conforme à la destination primitive du monument. »
Ainsi, c'est uniquement le sens dans lequel le visiteur doit, d'après lui, suivre les bas-reliefs, qui a conduit M. PRZYLUSKI à voir dans Ankor Vàt, non pas un temple où avait été célébré le culte d'un dieu ou d'un roi défunt divinisé, mais un tombeau renfermant la dépouille mortelle du roi, une sépulture où auraient été pratiqués des rites exclusivement funéraires.
Cette théorie met aussitôt M. PRZYLUSKI aux prises avec une première difficulté. Les bas-reliefs qui décorent les deux ailes de la face Ouest où se trouve l'entrée principale, bataille de Lankâ au Nord et bataille du Kuruksera au Sud, ne sont ni l'un ni l'autre, dans son hypothèse ni d'ailleurs dans celle du Dr. BOSCH, le point de départ de la circumambulation. Pour M. PRZYLUSKI, la première scène, « le tableau qui préparait bien le spectateur à visiter la demeure d'un roi défunt », est la scène des cieux et des enfers qui couvre l'aile Est de la galerie Sud. Il suppose que « la visite avait son point de départ à droite de la porte Sud ». Entendez : la visite des pèlerins car M. PRZYLUSKI est bien obligé d'admettre que « l'entrée d'honneur » de la face Ouest, celle qui donne accès aux belles galeries croisées, devait servir à quelque chose. « Il est probable, dit-il, qu'elle était réservée au cortège royal ». Nous serions ainsi en présence d'un monument où l'entrée permettant un examen rationnel, didactique des bas-reliefs aurait été réservée au vulgum pecus, tandis que le cortège royal, moins favorisé, aurait dû commencer par l'avant-dernière scène : la bataille du Kuruksetra.
J'ai consciencieusement essayé de résoudre cette difficulté en recherchant dans les rites funéraires royaux du Cambodge et du Siam modernes, souvent conservateurs, ce qui pourrait justifier, soit l'hypothèse d'une primauté donnée à l'entrée Sud, — soit la supposition que le roi n'aurait pas fait la circumambulation, mais se serait directement rendu au sanctuaire par l'entrée Ouest, tandis que le peuple y aurait accédé par le Sud après avoir accompli le prasavya. Je n'ai rien trouvé de semblable. A Bangkok. comme à Phnom Pén, le roi, lors des crémations royales et princières, prend lui-même part

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au triple prasavya. A Phnom Pen, le Mén est ouvert à l'Est, le pavillon du roi est au Sud, l'urne d'or entre dans l'enclos par la porte Est et est hissée sur le bûcher par la face Est, le roi monte la saluer par l'escalier Est, les princes par l'escalier Sud, le peuple par l'escalier Nord, les femmes par l'escalier Ouest (1). A Bangkok, le Mén est ouvert à l'Ouest, le pavillon du roi est à l'Ouest, l'urne d'or entre dans l'enclos par la porte Nord et est hissée sur le bûcher par la face Est, le roi monte la saluer par l'escalier Ouest, les princes et les fonctionnaires par l'escalier Nord, les femmes par l'escalier Sud (2). Les deux rituels n'ont de commun que l'accès de l'urne au bûcher par l'Est. La porte Sud de l'enclos n'y joue aucun rôle : à Phnom Pen, le triple prasavya commence à l'Est, à Bangkok, il commence au Nord. La première difficulté soulevée par la théorie de M. PRZYLUSKI reste entière.
En voici une seconde. S'il est vrai que « les bas-reliefs se suivent et s'enchaînent dans un ordre qui n'a été reconnu par aucun des précédents archéologues on ne comprend pas pourquoi le pavillon d'angle Nord-Ouest, qu'un visiteur faisant le prasavva traverse avant d'aborder le combat du Râmâyana, contient des épisodes du poème postérieurs à ce combat (Ordalie de Sità, retour à Ayodhyà), tandis que le pavillon Sud-Ouest, où le même visiteur ne passe qu'après avoir vu la bataille de Lankà (et celle du Kuruksetra), donne des épisodes du Râmàyana antérieurs au combat (Ràma tuant Màrica, mort de Vâlin).
Les difficultés auxquelles on se heurte, dès qu'on cherche dans les scènes sculptées sur les murs d'Ankor Vàt un ordre rigoureux, ne sont pas spéciales à ce monument. On rencontre les mêmes en étudiant les bas-reliefs des autres temples, aussi bien ceux du Bàphûon qui est antérieur à Ankor Vàt, que ceux du Bàyon et de Bantày Chmar qui lui sont postérieurs.
Au Bàphûon, les petites scènes qui ornent les quatre entrées de la galerie intérieure sont tirées du même fonds qu'à Ankor Vàt. Si nous recherchons les épisodes du Râmàyana, par exemple, nous en reconnaissons aux quatre porches, voisinant à l'Est avec des épisodes du Mahàbhârata, au Sud avec des scènes de la légende de Krsna, et l'ordre dans lequel les tableaux sont répartis ne correspond ni au pradaksina, ni au prasavya. La façon dont les panneaux sont disposés semble marquer une intention purement décorative, et le principe qui a guidé les sculpteurs n'est pas en rapport.avec la circumambulation.
Au Bàyon, nous avons affaire comme à Ankor Vàt, à de grandes compositions occupant de vastes pans de mur. Quelques-unes s'ordonnent par rapport à un motif central ; d'autres consistent en de longs défilés. Bien que la majeure partie de ces tableaux soit encore inexpliquée, il est évident que le sens

(1) A. LECLÊRE, La crémation et les rites funéraires au Cambodge, pp. 141, 145. Cf. BEFEO., XXVIII, pp. 632 et suiv.
(2) H. G. Q. WALES, loc. cit., pp. 151-153.

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de la lecture est donné par le sens des défilés. Or ceux-ci empruntent, tantôt un sens, tantôt l'autre : par exemple, dans la galerie extérieure, ils vont de gauche à droite sur les murs de la galerie Ouest, aile Sud, et de la galerie Sud, aile Ouest, — de droite à gauche sur les murs de la galerie Ouest, aile Nord, et de la galerie Nord, aile Est. Dans la galerie Est, aile Sud se succèdent deux défilés paraissant sortir tous deux de la parte médiane et marchant en sens inverse. La circumambulation dans la galerie extérieure ne donne, dans aucun sens, une lecture satisfaisante. La même remarque s'applique à la galerie intérieure, et s'aggrave du fait de l'absence de communication entre les divers éléments de cette galerie. Les ailes, vers les tours d'angle, offrent des surfaces murales assez longues qu'il est aisé de suivre, dans un sens ou dans l'autre. Mais les chambres qui flanquent les entrées axiales et qui sont, elles aussi, décorées de bas-reliefs, sont pour ainsi dire sans communication les unes avec les autres. En inférera-t-on qu'on faisait la circumambulation dans la cour ? Mais, de celle-ci on ne distingue que fort mal les images, et l'on sait d'ailleurs qu'elle était primitivement encombrée par seize chapelles longues (1), réunissant la galerie extérieure à la galerie intérieure, et interdisant précisément toute circulation.
Les difficultés auxquelles on se heurte dès qu'on veut interpréter les bas-reliefs suivant le pradaksina ou le prasavva ont peut-ère leur origine dans une méprise fondamentale. On attribue aux grandes fondations royales de l'ancien Cambodge, par analogie avec nos lieux de culte ou même avec les pagodes bouddhiques modernes, un but utilitaire qu'elles n'ont sans doute jamais eu. Pour étudier des bas-reliefs auxquels on attribue gratuitement une valeur didactique, on se place au point de vue, selon moi entièrement faux, d'un visiteur hypothétique, d'un pèlerin dont on postule l'existence sans avoir résolu, ni même posé, la question de savoir s'il avait accès aux monuments. On avouera que, s'il y avait réellement accès, les constructeurs ne se sont guère souciés de lui aménager des déambulatoires appropriés à leur objet. Le parcours des galeries d'Ankor V et du Bàyon, interrompues aux angles et aux entrées axiales par des chambres et des vestibules séparés les unes des autres par une série de seuils élevés qu'il faut enjamber au prix d'une véritable gymnastique. donne moins l'impression d'un pradaksinapatha que d'une succession de citraçàlà.
Un temple du linga royal comme le Bâphûon, un monument funéraire comme Ankor Vat, un panthéon comme le Bàyon, sont des résidences divines, dont le plan et la décoration doivent être interprétés, non de l'extérieur, mais de l'intérieur, du point de vue des dieux qui y demeurent. Les bas-reliefs de la  grande galerie d'Ankor Vat, tout comme les frontons et les linteaux sculptés, sont à mon sens beaucoup moins des scènes didactiques destinées

(1) H. PARMENTIER, Modifications subies par le Bâyon au cours de son exécution, BEFEO., XXVII., pp. 149-167.

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à l'édification des hommes, que des tableaux décoratifs conçus pour orner le palais d'un dieu, et. leur répartition sur les quatre faces est conditionnée beaucoup par le souci d'instruire . que par certains principes d'orientation. C'est ici qu'une partie des remarques du Dr. BOSCH (1) reprend toute sa valeur, en nous faisant comprendre pourquoi le barattement est représenté à l'Est, pourquoi les grandes victoires de Visnu-Krsna occupent toute la moitié Nord, pourquoi la funeste bataille du Kuruksetra est au Sud-Ouest et le royaume des morts au Sud. Mais à mon avis, cette répartition de scènes sans tien narratif entre elles, ne prouve nullement que les tableaux ont été ainsi disposés pour être vus dans cet ordre par un visiteur faisant le prasavya, car il lui aurait fallu entrer dan la galerie par le pavillon d'angle Sud-Est, ce qui est tout à fait invraisemblable. Je vois dans cette répartition l'application de principes bien connus, et je ne crois pas qu'elle eût été différente si le monument avait eu son entrée principale à l'Est au lieu de l'avoir à l'Ouest. Je ne pense pas, notamment, qu'on eût représenté les enfers au Nord l'exemple de Bantey Chmar, temple ouvert à l'Est, où les enfers sont aussi représentés dans la galerie, Sud, prouve que les sculpteurs étaient guidés par des règles d'orientation déterminées, valables quel que soit le sens de la circumambulation, valables même dans le cas où celle-ci n'aurait, pas été prévue. C'est seulement dans cette acception qu'on peut parler,d'un ordre dans la disposition des bas-reliefs.
En résumé, le sens de la lecture de trois des grands bas-reliefs d'Ankor Vàt sur huit et la- répartition des diverses scènes sur les quatre faces de l'édifice ne me semblent pas suffire à prouver qu'on faisait le prasavya dans la galerie. Entendons-nous bien. Je n'affirme pas qu'on ne le faisait pas ; j'affirme encore moins qu'on faisait le pradaksina. J'avoue simplement mon ignorance, et mon sentiment que la théorie de M. PRZYLCSKI, qui contient peut-être une part de vérité, repose sur une base fragile. Elle serait plus solide si l'auteur pouvait nous montrer au Cambodge, ou dans les autres pays de civilisation indienne, une tombe royale rappelant les dispositions générales d'Ankor Vàt. Je n'en vois pas dans l'Inde propre ; les quelques monuments javanais qui ont été identifiés avec des tombeaux royaux n'ont d'autre ressemblance avec Ankor Vàt que leur orientation face à l'Ouest.
Mais admettons .que M. PRZYLUSKI ait raison de considérer Ankor Vàt comme une construction destinée à contenir tout ou partie des restes du roi Paramavisnuloka. On a vu qu'il établit une distinction absolue entre la « dépouille d'un mortel » qui n'a de place que dans une tombe, et les « reliques d'un dieu ». ayant droit à un temple. Cette distinction me semble aussi peu appropriée sue possible au cas d'espèce qui nous occupe. Tout ce que nous savons du caractère divin de la royauté cambodgienne et du culte du Devarâja (2)

(1) Loc. cit., pp. 12-17.
(2) G. COEDES, L'apothéose au Cambodge, BCAL.. 1911, p. 38.

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indique que dès son vivant le roi était considéré comme un dieu. Que les restes du roi qui est allé au monde de Visnu, pour s'identifier avec ce dieu, soient traités autrement que la « dépouille d'un mortel » et aient été considérés comme les « reliques d'un dieu », il n'est guère possible d'en douter. Il semble naturel, et tout à fait dans la tradition, que son tombeau, si tombeau il y a, ait été conçu comme la représentation du monde de Visnu devenu le sien après sa mort, autrement dit comme un palais céleste.
C'est exactement ce que montre l'examen objectif du monument, de son plan et de son architecture. Ankor Vàt. est une montagne, un Meru à cinq sommets. Le grand sanctuaire central qui domine tout le reste, et qui était primitivement ouvert aux quatre points cardinaux, contenait à n'en pas douter une statue dont le piédestal est encore en place. Comme parti architectural, Ankor Vàt ne se distingue que par ses dimensions et l'extension donnée à ses galeries, des nombreux temples khmers ( Bàkhèn, Tà Kev, Mébon, Prè Rup, Bàphûon, etc.) dont le motif central est constitué par cinq tours en quinconce élevées sur une pyramide, et dont nous savons que ce furent des temples dédiés le plus souvent comme Ankor Vàt à des personnages divinisés. Comme point de départ d'une recherche sur la destination primitive d'Ankor Vàt„ cette observation constitue une base aussi solide que celle de M. PRZYLUSKI est fragile. Car ce qui est donné, ce n'est pas un certain sens de visite impliquant des rites funéraires ; c'est un plan et un parti architectural bien connus, qui ne s'appliquent qu'à un temple. Si l'on prend, comme je le fais, le mot « temple » dans le sens non de salle de culte public, mais de demeure d'un dieu (devalaya) refuser à Ankor Vàt cette dénomination, c'est proprement nier l'évidence.
Mais, en appelant Ankor Vàt un « tombeau.», M. PZYLUSKI a-t-il peut être simplement voulu dire que l'édifice contenait les restes du roi ? Cela, je ne refuse pas de l'admettre, à condition qu'il m'accorde dans la tour centrale la présence d'une image du roi Paramavisnuloka sous l'aspect du dieu Visnu. Que cette statue ait été animée et individualisée par la présence, dans son piédestal ou ailleurs, des restes du roi, cela ne me parait pas invraisemblable.
J'irai plus loin à la rencontre de M. PRZYLUSKI et je me déclarerai disposé à admettre que la présence d'ossements ou de cendres justifie l'orientation du monument à l'Ouest et même le rite du prasavya si prasavya il y eut (ce que je continue à ignorer). Mais je me refuse à croire qu'Ankor Vàt n'ait été

(1) S'il venait à être prouvé qu'une statue de personnage défunt associée à ses reliques pouvait être l'objet d'une pûjà comportant le rite du prasavya, je serais tenté de marquer un point en faveur de mon explication du piédestal de Trà-kieui ( BEFEO., XXXI, p. 2011, que M. PRZYLUSKI combat (loc. cit., p. 332) pour défendre la sienne (RAA., VI, pp. 89.-93). Le sens de la lecture des scènes du piédestal qui, dans mon interprétation, se fait de gauche à droite, s'expliquerait si la statue qu'il supportait était une statue funéraire. Mais nous sommes ici en pleine hypothèse et je n'indique cette solution éventuelle qu'avec les plus expresses réserves.

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qu'une sépulture, du type des sépultures chinoises. Tombeau, dans le sens de demeure du roi après sa mort, soit.! Mais, justement parce qu'un roi khmèr en mourant « va au ciel » (svargata), demeure en forme de palais céleste, avec au centre l'image du dieu auquel le roi s'est identifié. Comme tout semble indiquer que l'auteur du monument est le roi même qui y fut déifié (1) (ou, selon M. PRZYLUSKI, « enseveli »), la construction dès son vivant d'un palais posthume dan lequel son image serait après sa mort l'objet d'un culte, est infiniment plus vraisemblable que la construction d'une sépulture.
Au fond, je crois qu'entre M. PRZYLUSKI et moi, il n'y a désaccord que sur l'emploi des mots « temple » et « tombeau », et j'espère que l'expression de « temple funéraire » employée par le Dr. BOSCH (2') obtiendra son adhésion.

(1) L. Finot, Intro. au vol. I du Temple d'Angkor Vat. p. 7 - Boch. loc. cit. p. 19.
(2) Loc. cit. pp 17-21.

G. COEDÈS.