extrait du bulletin EFEO, 1902, Hanoi (Bnf - Gallica : EFEO 1902 1TRI N0093377_PDF_1_474)

 


G. LANZY - Aux pays jaunes. Paris, Ollendorf, 1901. in-12.

Le temps est décidément venu pour l'Indo-Chine de défrayer régulièrement notre littérature de voyage. Comme l'Angleterre, et même le continent, voient toujours, bon an mal an, éclore plusieurs livres de globe-trotters sur l'INdo-Chine, il ne se passera plus guère d'année qui ne nous apporte les notes, impressions ou souvenirs de quelques touristes indo-chinois plus ou moins enthousiastes, plus ou moins bien documentés. Voici déjà que les femmes
s'en mettent : cela promet.   
                              

Aux pays jaunes n'est qu'une suite d'impressions, jetées sur le papier au jour le jour, récit d'un voyage banal à force d'avoir été fait et cependant intéressant à refaire en deux heures avec cette âme féminine, énigmatique jusque dans ses confidences, comme ces compagnons de traversée avec qui l'on a causé de tout et dont on ne sait même pas le nom. Des émerveillements de la première heure, des curiosités de tout sans effronterie ni fausse honte, des récits (notamment à propos de telle visite dans une maison indigène) dont l'ingénuité frise parfois l'indiscrétion, et autres maladresses de débutante, feront sourire l'expérience des vieux routiers. L'auteur, qui sait analyser, n'a pas dédaigné de nous donner en passant sa formule, et toujours, dans ses descriptions, "la contemplation devient le rêve", quand même, comme "après le naufrage", elle ne s'achève pas dans le cauchemar. Surtout il est amusant de voir lentement agir, et à son insu, sur cette nature impressionnable, l'inexplicable et invincible charme de ces climats tant de fois maudits. A chaque page du volume revient la monotone plainte de l'atroce chaleur, du soleil implacable puis soudain, aux dernières pages, c'est le regret du retour, la désillusion de la Méditerranée trop pâle, la nostalgie des pays de l'éternel été : " et l'exil, maintenant, ce sera l'Europe..."

A. Foucher