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Le « bonheur » à l’envers

Histoire d’un caractère


Le caractère « bonheur » évoque chance et fortune pour les chinois. Il n’est donc pas étonnant qu’au Nouvel An chinois ils aient l’habitude, aussi bien dans le passé qu’à présent, d’apposer à leur porte ce caractère pour exprimer leur aspiration à une vie heureuse et à un avenir meilleur.

Parmi le peuple chinois, où cette tradition semble être plus vivace que chez les autres couches sociales, on a souvent tendance à coller ce mot à l’envers pour signifier, en jouant sur son homonymie, l’arrivée du « bonheur » ou de la « chance ».

En ce qui concerne l’origine du caractère « bonheur » renversé, la légende suivante circule parmi le peuple : à l’époque du premier empereur des Ming, Zhu Yuanzhang, ayant appris un jour que celui-ci voulait tuer des personnes avec pour signe secret le mot « bonheur », la bienveillante impératrice Ma ordonna, afin d’éviter le désastre imminent, à tous les foyers de la capitale de coller ce caractère sur leur porte avant le lever du jour. N’osant désobéir à cet ordre de l’impératrice, tous les foyers de la capitale couvrirent le soir même leur porte avec le mot « bonheur ». Cependant, comme il y avait des illettrés parmi les habitants, chez certains d’entre eux, le caractère « bonheur » se trouvait malencontreusement collé à l’envers. Le lendemain, après avoir envoyé des inspecteurs dans les rues, l’empereur fut mis au courant que toutes les portes portaient le mot « bonheur », et que l’un des foyers était allé jusqu’à coller ce mot à l’envers. Fâché par ce rapport, l’empereur ordonna qu’on aille immédiatement saisir tous les membres de la famille intéressée pour les décapiter. Face à cette situation critique, l’impératrice Ma eut soudain une idée et déclara ainsi à son impérial époux : « C’est peut-être parce qu’elle était informée de votre prochaine visite que cette famille a mis exprès le mot à l’envers, et ce pour sous-entendre que le "bonheur" ne tarderait pas à l’honorer de sa visite. » Pensant que son épouse avait raison, l’empereur finit par décider de remettre la famille en liberté.

Depuis lors, on met ce mot à l’envers, ce qui rappelle, en dehors de son sens initial de bon augure, le souvenir de la bienveillante impératrice Ma.

A l’heure actuelle, le caractère « bonheur » n’est plus exclusivement consacré à la célébration du Nouvel An, mais également utilisé comme motif dans la manufacture de nombreux articles artisanaux servant de porte-bonheur. Parmi ceux-ci, on note par exemple le vase à fleurs à motifs de cinq chauves-souris (ces animaux évoquent aussi le bonheur par homonymie) et les articles de vannerie portant le mot « bonheur ». En outre, les artisans populaires chinois ont la tradition de transformer le caractère « bonheur » en motifs variés évoquant entre autres un vieillard de la longévité, une pêche de l’immortalité, une carpe sautant par-dessus la porte du dragon, une moisson abondante, ou bien encore une union nuptiale parfaite.


Publié par Patrick Le Gac le samedi 5 février 2005

 

La période avant le nouvel an

Le solstice d’hiver (11ème jour du 11ème mois lunaire)

La fête du solstice d’hiver était surtout célébrée par les paysans. Elle annonçait le printemps et ouvrait la période des vingt-quatre « jie ji » (divisions solaires de l’année, en période de quinze jours dans le calendrier agricole). A partir de cette date en effet les jours commençaient de nouveau à s’allonger, tandis que débutait la période des 81 jours de grands froids que les enfants s’amusaient à compter en remplissant chaque jour un cercle dans lequel ils indiquaient le temps de la journée ; ou bien en noircissant un trait d’une sentence de neuf caractères dont chacun avait neuf traits « les saules qui pendent devant la cour et les plantes florissantes attendent la venue du printemps ».

Sous la dynastie des Zhou (1122 av. JC - 256 ap. JC), le solstice d’hiver marquait le début de la nouvelle année lunaire, on l’appelait « le petit Nouvel An ». Ce jour là l’empereur devait accomplir des rites en l’honneur du ciel. Cette coutume s’est popularisée pour devenir un jour de vénération du ciel et des ancêtres. On prépare, en offrande aux ancêtres, de la viande de porc qui, selon la coutume doit être bouillie jusqu’à ce qu’elle devienne blanche ; et des yuan xiao, boulettes de riz glutineux farcies, symbole de par leur forme ronde, de l’union familiale. La viande est ensuite consommée par la famille. On offre ces mêmes boulettes de riz aux divinités, mais non farcies.

Après l’offrande, la maison doit être nettoyée afin de chasser les malheurs de l’année écoulée.

Un second rite, peu pratiqué de nos jours, consiste à absorber des haricots rouges sucrés. Cette coutume remonte à la dynastie des Zhou, époque durant laquelle les Chinois pensaient que les enfants mouraient plus facilement durant la nuit du solstice d’hiver et qu’ils se transformaient ensuite en fantôme. Ces fantômes d’enfants, craignant particulièrement les haricots rouges, toute la famille avait pris coutume de déguster cette bouillie chargée d’écarter dans le même temps les mauvais esprits et les maladies.

La fête Lari (14ème jour du 12ème mois lunaire)

La fête Lari était un sacrifice célébrée trois jours après le solstice d’hiver pour fêter les récoltes, remercier les ancêtres, et les cinq dieux tutélaires, appelés aussi les dieux du foyer (dieu de la porte, de l’auvent, du puits, de l’âtre, du foyer, des fenêtres). Cette fête signalée dans le Livre des Rites remonte à la haute Antiquité. Elle fut ensuite fixée au huitième jour du huitième mois de l’année lunaire et n’est plus célébrée de nos jours que par une bouillie spéciale appelée le Labazhou ou encore « bouillie nationale ». Elle est constituée d’aliments de base qu’on avait coutume à cette occasion d’offrir aux ancêtres, aux dieux, ainsi qu’aux amis : du riz, des légumineuses (pois, fèves, haricots, soja), des jujubes, des châtaignes... Cette bouillie est consommée non seulement en Chine mais aussi en Inde et dans d’autres pays bouddhiques.

Le 23ème jour du 12ème mois lunaire

 
Dieu du Foyer
Représenté ici en compagnie de sa femme
Offrande au dieu du Foyer

Le vingt-troisième jour du douzième mois ouvre la période de préparation de la fête du Nouvel An.

Ce jour là le dieu du foyer, Zaojun, ou dieu du Fourneau, remonte au ciel faire son rapport annuel à l’empereur céleste sur la conduite de chaque humain. Afin qu’il ne profère que de bonnes paroles, on lui offre plats et vins. Des sucreries sont supposées lui coller la bouche pour qu’il ne parle pas de trop. L’opium était aussi utilisé pour l’ensomeiller et le rendre oublieux de toutes les malversations dont il aurait pu être témoin et qu’il se serait senti obligé de rapporter au ciel. On dépose ensuite sur un autel dressé en son honneur de l’eau, de l’herbe et du grain censés abreuver et restaurer durant le voyage son cheval, dont on a découpé l’effigie dans du papier. On brûle ensuite la propre effigie de Zaojun, image imprimée sur papier ou sur des tablettes en bois, à la fin de l’offrande. Celle-ci sera remplacée par une nouvelle statuette le jour de son retour, le petit matin du premier jour de l’an. Le départ de Zaojun est accompagné par des lancés de pétards qui ont pour vertu d’effrayer les mauvais esprits et d’attirer les bons au moment des offrandes. Ils sont également censés réjouir les dieux.

L’origine des pétards, en chinois « bambous violents » (baozhu), est lié à deux croyances.

La première, souvent relatée dans le cercle familial, raconte qu’il y a de cela très longtemps, au cours d’un violent combat, l’armée, sur le point d’être vaincue, décida de se replier. Elle parvint, dans sa fuite, aux pieds d’une grande plantation de bambous. A l’approche de l’armée adverse, les soldats pris par l’urgence, mirent le feu au champ de bambous. Le bruit et la lumière qui se dégagea de l’explosion fut tellement impressionnante que l’ennemi prit aussitôt ses jambes à son cou.

L’autre légende veut qu’autrefois les voyageurs qui campaient dans la montagne avaient coutume d’allumer des bambous afin d’éloigner les Shan Sao. Les Shan Sao étaient des êtres fabuleux, inoffensifs, de la taille d’un enfant. Ils avaient pour habitude de se glisser la nuit jusqu’au camp des voyageurs, cherchant leur feu pour y rôtir des crabes qu’ils parvenaient à attraper à mains nues. Les bruits pétaradant des bambous mettaient radicalement en fuite ces petits perturbateurs nocturnes.

Cette journée est aussi un jour de réjouissances pour les enfants, en raison de l’abondance de nourriture très sucrée et collante. On mange des Dan San, beignets faits d’une pâte à base de farine, de graisse, d’oeufs, pliée en forme de noeud papillon, plongée dans un sirop épais enrichi de grain de sésame. Des papayes confites, des bonbons à la noix de coco, ainsi que d’autres sucreries finissent de combler les babines enfantines comme celles des adultes.

Le 24ème jour du 12ème mois lunaire - Le départ des dieux du foyer

Le lendemain de l’offrande au dieu du fourneau Zaojun, tous les dieux du foyer (dieu de la maison, du puits, du bâtiment, des pièces) doivent à leur tour remonter au ciel. On brûle palanquins et chevaux, représentatifs de leur moyen de transport jusqu’au ciel ainsi que du faux papier monnaie afin qu’ils ne manquent de rien durant le voyage. Il est coutume de les reconduire très tôt le matin, un jour venteux de préférence pour faciliter la montée au ciel. On salue leur départ avec des pétards afin d’éloigner tous esprits néfastes. Après leur départ la famille profite de leur absence pour effectuer un grand rangement dans la maison, au cours duquel sont épargnés les coups et les heurts du ménage.

Leur retour est attendu le quatrième jour du premier de la nouvelle année.

 

Le dernier jour de l’année lunaire - Chuxi -

La veille du nouvel An, tout est entrepris de manière à placer l’année sous les meilleurs auspices.

Le rituel du Cinian

« Cinian » signifie « prendre congé de l’année ». On rend hommage une dernière fois aux dieux et aux ancêtres par des prières. Sur l’autel des ancêtres, on a brûlé de l’encens et disposé des gâteaux du nouvel An. L’après-midi la famille rend visite aux amis et aux proches pour leur souhaiter une bonne fin d’année. Puis elle va s’atteler aux longs préparatifs du banquet.

Durant ces derniers jours de l’année, les commerçants font un grand étalage de marchandises car la coutume veut que l’on s’acquitte de toutes les dettes avant la fin de l’année, ce qui explique l’apparition de braderies un peu partout.

Les devantures des magasins et des maisons sont parsemées d’emblèmes décoratifs, sortes de porte-bonheurs pour la nouvelle année.

A l’origine les Chinois utilisaient des branches de pêcher au-dessus des portes pour conjurer le mauvais sort au moment de la venue de la nouvelle année. La branche de pêcher est un talisman classique en Chine pour effrayer les mauvais esprits. Il sert également de porte-bonheur. Les taoïstes les utilisaient contre les maladies et les démons. On retrouve le fruit lui-même, la pêche, dans la main droite de Shou Sing, dieu taoïste de la longévité. Pis, vient une période où le bois de pêcher se raréfia, les Chinois les remplacèrent alors par des représentations des dieux des portes men shen en guise de protection, ainsi que des inscriptions sur des bandes de papier.

Ainsi, de la tradition de la branche de pêcher naquirent, les images des dieux des portes, les Taofu, et les sentences parallèles.

Les images des dieux des portes, souvent très colorées, sont imprimées sur papier ou gravées sur bois. Elles sont collées sur les battants des portes extérieures afin de protéger le foyer des esprits malveillants. Les dieux des portes sont représentés comme des guerriers vêtus d’une armure, et tenant dans la main une lance et un sabre.

Leur identité divine se confond avec celle de deux gardiens de l’empereur Taizong (627-649) sous les Tang (618-906). Cela est entre autre dû à une tendance chez les Chinois à diviniser des personnalités humaines, à la suite d’exploits quelconques.

D’après la légende, l’empereur céleste Huang Di fit appel à Shen Tu et Yu Lei pour surveiller la porte de l’enfer située au nord d’une île perdue dans l’océan, et d’empêcher toutes sorties d’esprits malveillants. Tout esprit malveillant qui tentait de fuir était aussitôt attrapé par Shen Tu et Yu Lei à l’aide d’une corde de chanvre, et jeté ensuite aux tigres.

D’autres rapportent que les dieux des portes seraient Qin Qiung et Hu Jinde, deux gardiens devenus légendaires sous l’empire des Tang. L’empereur Taizong, sujet à des cauchemars la nuit, ordonna à Qin Qiung et Hu Jinde de veiller auprès de son chevet jusqu’à ce que les mauvais esprits qui perturbaient son sommeil en soient définitivement chassés.

Les Taofus sont des sortes de talismans en bois de pêcher que l’on suspend également de chaque côté de la porte et qui ont la même fonction protectrice que l’image des dieux des portes.

Les sentences parallèles, appelées « chunlian » (sentences du printemps) ou « duilian » (sentences qui se font face), sont formées de deux bandes de papier munies d’inscriptions se rapportant à des voeux pour la nouvelle année, la famille, etc... On les colle généralement de chaque côté de la porte d’entrée de la maison, mais la famille peut aussi les suspendre sur les murs de la pièce principale. Les caractères, souvent dorés, sont généralement calligraphiés sur fond rouge - couleur du bonheur, mais aussi parce que, dit-on les mauvais esprits craignent le rouge - sauf si la famille a souffert d’un décès au cours de l’année, auquel cas une bande de papier vierge de couleur blanche se substitue modestement aux sentences flamboyantes traditionnelles.

L’inscription la plus fréquente et relative à toutes conditions et tous rangs est « Puissent les cinq bénédictions (longue vie, richesse, paix, amour et vertu, et une fin qui couronne la vie) descendre jusqu’à cette porte ». S’il s’agit de boutiquiers et d’hôteliers « Puissent les riches chalands ne cesser de descendre jusqu’ici » (fu ke chang lin), ou « Puissent les hôtes venir en nuées » (ke ru yan lai).

Une troisième bande plus petite peut être collée au-dessus de la porte, avec les caractères « ji xiang » faste et « de bon augure ».

Les Chinois peuvent confectionner eux-mêmes ces sentences parallèles, grâce à des petits livres explicatifs vendus à l’ouverture de la période de fête.

A la maison la famille a pris soin de décorer la pièce principale.

Un autel est spécialement dressé en l’honneur des dieux, orné d’une bande de papier sur lequel figurent tous les dieux et les sages. Appelé « l’autel au ciel et à la terre » tian di zhuo, il reste en place tout au long de la période de la fête du printemps et n’est ôté qu’au moment de la Fête des Lanternes.

On achète des fruits en pots dont les mandarines représentent des lingots d’or, ou à défaut, on accroche à des branchages de cyprès des pièces de monnaie. Ces arbres miniatures destinés à attirer la fortune, sont appelés « l’arbre qu’il suffit de secouer pour faire venir la fortune » yao qian shu.

Sur les murs on accroche des fleurs de prunus et des branchages de pins qui, ajoutées aux sentences parallèles intérieures, achèvent de donner une atmosphère de fête à la maison.

Toute la journée et, jusqu’au lendemain, pétards et tambours battent leur plein afin d’éloigner les esprits néfastes. Dans le même ordre d’idées, on dépose au seuil des portes des branchages de bois secs servant à repérer ces mêmes esprits malveillants, qui en marchant auraient ainsi fait du bruit.

Le Banquet du Printemps - Chun Jie -

Le banquet est aussi appelé « banquet aux dieux de la fortune » (hommage leur est rendu le lendemain du nouvel An et ce jour-là la famille jouit à nouveau du banquet). Le repas du réveillon réunit exclusivement la famille. Il commence tard dans la soirée et se termine à l’aube du premier jour.

Dès l’après-midi, la famille s’affaire au préparatif du repas. Ceux-ci sont particulièrement longs car le menu qui compose le banquet est l’un des plus riches de toutes les fêtes traditionnelles chinoises. Certains mets (la viande séchée et salée) doivent parfois être préparés depuis le début du douzième mois. La variété des plats se retrouve dans la tradition d’un repas composé d’aliments symbolisant le bonheur, la chance, la réussite et la longévité. Ainsi sont communément servis des plats frits à l’huile, symboles de la chance et de la prospérité ; des aliments de forme ronde (boulettes de viandes, pâtisseries, fruits) symboles de la réunion ; des vermicelles translucides, symboles de la fortune ; des nouilles, symboles de la longévité. Il n’y a pas de menu exact préétabli, il est laissé à l’imagination des exécutants.

Deux spécialités sont cependant de mise, les jiaozi, raviolis chinois, et le niangao.

Le jiaozi se présente comme un ravioli dont la forme en demi lune légèrement bombée évoque le Yuanbao, lingot d’argent de cinquante onces. Le consommer permet d’accueillir la fortune et d’entrer dans la richesse (« zhao cai jing bao »). Il est confectionné durant la veille du nouvel An (shousui) et consommé au moment de la soirée où l’on quitte l’année (cisui). Les jiaozi que l’on mange après minuit (zisui) sont appelés « le jiaozi qui a un an de plus » (geng sui jiaozi). Il existe plusieurs sortes de jiaozis, qui en fonction de leur composition sont porteurs de présages différents un ravioli au sucre annonce une douce existence pour l’année ; un à l’arachide une bonne santé et une longue vie. On y glisse parfois des objets métalliques. Un ravioli comportant une pièce de monnaie est synonyme de chance à venir, ou mieux si on tombe sur un ravioli dans lequel on a inséré « un ruyi » (sorte de talisman censé assurer la réalisation de tous les désirs), on aura alors des chances de voir tous ses voeux s’accomplir !

Le niangao est une pâtisserie originaire du sud de la Chine, à base de farine de riz glutineux mélangé à du sucre, du saindoux et de l’eau, le tout cuit à la vapeur. En manger constitue un heureux présage. Sa signification est issue du jeu de mot entre gao « le gâteau » et gao « d’élevé ». Il existe des centaines de types de niangao.

Le banquet est dressé dans la soirée et est consommé après que toutes les offrandes aient été effectuées.

L’heure du Rat (entre onze heures et une heure)

L’heure du rat marque le moment où tous les esprits viennent sur terre participer à la fête.

Des offrandes sont faites aux dieux et aux ancêtres. On dispose sur l’autel des dieux - l’« autel au Ciel et à la Terre » - des « migong », bâtonnets de sucrerie à base de miel, et des gâteaux de lunes surmontés d’une marque rouge, empilés en forme de petites pagodes ; des fruits secs ; des pommes et des niangaos. Les offrandes restent jusqu’à la Fête des Lanternes et hommage leur est rendu les jours suivant en brûlant de l’encens. Aux ancêtres et aux esprits, on laisse le loisir de jouir du banquet autour duquel on a disposé des bâtonnets d’encens. Une fois le festin virtuellement fini, les plats sont supposés être moins savoureux après leur passage, c’est pourquoi - et aussi parce qu’ils ont eu le temps de refroidir - la famille les réchauffe quand le tour est venu aux vivants de profiter du banquet.

A une heure du matin on brûle l’image des dieux et des sages, et on installe une nouvelle image de Zaojun, dont c’est précisément le retour.

Après le banquet, les parents donnent aux enfants des enveloppes rouges contenant de l’argent (hongbao). Puis la famille va se coucher tout habillée pour quelques heures et dès l’aube les rites reprennent.

« La danse du lion »

Le lion ouvre toujours le bal du réveillon. Au rythme des battements de tambours, de cymbales et de gong, des équipes composées de sept à dix danseurs animent les rues chinoises, dissimulés sous le corps d’un fauve géant en papier mâché, drapé de tissus multicolores. Cette activité sportive comprenant toute une série de culbutes et de sauts périlleux, nécessite une habilité extraordinaire. Une tradition ludique, typique du Nouvel An, qui remonte à l’Antiquité.



Le jour du Nouvel An et les jours qui suivent

Le premier jour du premier mois lunaire

Le premier jour de l’année est appelé « yuan dan » Yuan a pour sens « le début », et dan, « le lever du jour ». Ainsi le yuan dan indique non seulement le premier jour de l’année, le premier jour du premier mois mais aussi le début de toute une année ; c’est pourquoi ce premier jour est aussi appelé les « trois débuts ».

Hommage aux ancêtres

Dès le matin on procède au culte des ancêtres, auxquels l’on exprime sa reconnaissance. On offre devant les tablettes des ancêtres (planchettes en bois sur lesquelles sont gravées les noms des défunts, placées sur l’autel des ancêtres) des gâteaux de nouvel An, des fruits, des aliments sucrés et salés, du vin. On allume de l’encens et des bougies rouges puis on s’incline devant les tablettes en signe de reconnaissance de leur bonté, mais aussi, de celle des dieux, des parents et des aînés.

A la fin de la cérémonie, toute la famille se félicite mutuellement. Les enfants défilent devant les parents et présentent leurs voeux, de l’aîné au plus jeune, et du fils à la fille. Ils peuvent aussi recevoir une enveloppe rouge à ce moment-là.

Le rituel du « zuo ke » « faire l’invité »

L’après-midi et les deux jours qui suivent, la famille se disperse pour rendre visite aux proches, aux amis, parfois même aux supérieurs, chez qui on va présenter ses voeux et « faire l’invité ». Elle envoie des cartes de visite aux parents et aux amis éloignés.

Quelques membres de la famille restent pour recevoir ses propres invités, auxquels leurs sont présentés sucreries, gâteaux, thés et tabac. Offrir des sucreries est une manière d’exprimer aux invités le voeu d’une douceur de vivre et d’une année sans soucis. Les enfants qui viennent présenter leurs souhaits reçoivent une orange par réciprocité de leurs voeux de bonheur. L’orange symbolise le bonheur et la longévité. Donner ce fruit aux enfants signifie « Bien des années après celle-ci ». Les invités peuvent donner des enveloppes rouges aux enfants s’il sont issus de la même famille.

Toute la journée durant les pétards ne cessent de résonner.

Ce premier jour de l’année est traditionnellement une journée exclusivement végétarienne, car il marque un nouveau départ, ainsi le corps doit être purifié. La tradition serait issue d’influences bouddhiques, selon lesquelles consommer de la viande est considéré comme impur. Le plat préparé la veille, peut être mijoté ou sauté cependant que les aliments qui le composent restent identiques champignons, pouces de bambou, grains de lotus...

Le deuxième jour du premier mois lunaire

Lors du deuxième jour, les activités de la Fête du Printemps se poursuivent. On continue de rendre visite aux proches et aux amis, et particulièrement aux parents de sa femme puisque ce jour est réservé à « l’accueil du gendre ». Ces visites ont pour but de renforcer les liens sociaux entre les familles.

Culte au dieu de la fortune

Devant des cierges et de l’encens allumés, toute la famille prie le dieu de la fortune afin qu’il lui accorde chance et réussite pour l’année qui commence. On couronne la cérémonie par des pétards.

Ce jour-ci le repas est le même que celui consommé au banquet du nouvel An.

Troisième jour du premier mois lunaire

Le mariage des souris

Ce jour-là la tradition veut que l’on ne dérange à aucun prix les souris et qu’on les laisse même grignoter dans les savoureuses provisions de la famille. Au petit matin la famille s’efforce de se lever sans les troubler et dépose même à leur intention de la nourriture aux quatre coins de la maison.

Selon la légende, un charbonnier reçut un jour la visite d’une jeune fille qui lui offrit de lui préparer son déjeuner. Alors qu’elle s’affairait au fourneau il remarqua des empreintes de griffes sur la pâte des raviolis et s’aperçut avec horreur que les mains de la jeune fille étaient semblables aux pattes des souris. Croyant avoir affaire à une sorcière, il voulu lui trancher les

mains mais au même moment la jeune fille disparut comme par enchantement. Convaincu qu’il s’agissait d’une immortelle et pris de remords, il décida avec ses amis d’offrir de la nourriture aux souris afin d’apaiser la colère de l’immortelle. Depuis ce jour les souris furent autorisées à grignoter impunément dans les réserves des hommes, un jour par an.

Durant ces trois premiers jours de l’année, la croyance veut que si l’on mange du riz cuit avec trop d’eau, il fera de la pluie toutes les fois que l’on sortira dans l’année.

Le quatrième jour du premier mois lunaire

Le retour des dieux du foyer

Le retour des dieux tutélaires est attendu ce jour-ci, on les accueille à l’aide de rafraîchissements déposés en offrande.

Dans la journée tout le monde reprend ses occupations journalières interrompues par les rites occasionnés au moment de la fête du printemps.

Le cinquième jour du premier mois

Le cinquième jour marque la fin des réjouissances de la célébration du nouvel An, sans que la période de la fête du printemps soit totalement close. On enlève les emblèmes décoratifs dans la maison et les activités quotidiennes reprennent véritablement leur cours.

Le septième jour du premier mois

Le jour de l’homme (ren ri)

Le septième jour du premier mois est celui de l’homme. D’après les anciens écrits de Tung Fang So, censeur de l’empereur Wudi sous les Han (206 av JC - 220 ap JC), les huit premiers jours de l’année sont respectivement attribués au coq, au chien, au cochon, au mouton, au boeuf, au cheval, à l’homme et aux grains. Si un mouton met au monde des petits sur son jour (le quatrième), sa progéniture sera exemplaire, à l’autre condition que ce jour soit ensoleillé. C’est donc à cette date de l’année que les humains changent tous ensemble d’âge et non au jour de la naissance. En Chine un enfant qui vient au monde a déjà un an et s’il est né durant le douzième mois, il aura deux ans le septième jour du premier mois alors qu’il n’aura en réalité qu’un mois d’existence sur cette terre. On dit que si le temps est clair et ensoleillé ce jour-là, les naissances seront nombreuses dans l’année.

Pour fêter l’événement la famille se réunit autour d’un banquet appelé « bai shou » qui signifie « prier pour la longévité ». Les mets symboliques consommés sont principalement les nouilles, qui du fait de leur longueur constitue le souhait d’une longue vie. Sautés avec de la viande et des pousses de bambou, le plat signifiera « nous vous souhaitons une longue vie ». En effet le caractère bambou est homophone de « prier, souhaiter » ; et, parce que toujours vert et inaltérable le bambou est aussi signe de jeunesse et de longévité.

La fête des lanternes (15ème jour du premier mois lunaire)

Clôture de la période de festivités du nouvel An

Le quinzième jour du premier mois, la lune entre dans sa première lunaison depuis la fête du printemps (la nuit de l’avènement du nouvel An). Les Chinois célèbrent cette soirée de pleine lune en accrochant des lanternes multicolores à la tombée du soir.

A l’origine, la fête était rendue en l’honneur des astres et des étoiles. « La cérémonie d’offrande à l’unité suprême » (tai yi) se déroulait depuis le crépuscule jusqu’au lever du jour. Les offrandes étaient destinées à un univers éternel qui, depuis longtemps précédait l’homme dans sa réalité.

On retrouve l’usage des lanternes dans les temples. Elles y étaient suspendues en hommage au seigneur du ciel Tian Gong, ou encore à cette même unité suprême Tai Yi, élément essentiel dans la cosmologie chinoise.

Au premier siècle de notre ère, l’empereur Ming des Han, instigateur de la propagation du bouddhisme en Chine, ordonna un jour qu’on allumât des lanternes pour honorer Bouddha. On dit qu’il en fit déployer un si grand nombre que Bouddha lui même descendit du ciel pour les admirer.

Plus tard, sous les Tang (618-906), on raconte qu’un autre empereur fit dresser lanternes et ornements dans l’ancienne capitale de Chang An, pour le divertissement de la cour et le ravissement des invités étrangers, associant dès lors l’usage des lanternes avec l’idée d’un certain faste.

De nos jours l’usage des lanternes a perdu son caractère hiératique, il invite davantage à la fête et fait le bonheur des enfants.

Dès l’après-midi une multitude de lanternes rivalisent de couleurs et d’images, aux enseignes des magasins, des boutiques... Elles sont généralement de forme ronde et sont confectionnées avec du papier souvent fin, ou encore du tissu, et autres matériaux.

On en trouve à l’effigie des animaux issus de l’horoscope chinois (tigre, singe, dragon...). Parmi ceux-ci, les plus nombreux sont ceux qui représentent l’animal patron de l’année. Parfois des scènes historiques célèbres sont entièrement reproduites.

La fête revêt un caractère plus social que la fête du printemps elle donne traditionnellement l’occasion de se rencontrer, ou de faire des rencontres, car le soir, on sort pour se délecter du spectacle des lanternes.

Des anciennes coutumes autorisaient aux jeunes seulement deux sorties par an le jour de la fête des pures clartés (qing ming jie), où l’on sortait nettoyer les tombes ; et le soir de la fête des lanternes, au cours duquel la jeune fille partait à la rencontre de son futur fiancé. Dans beaucoup de romans anciens les rencontres se produisent le soir de la fête des lanternes.

La croyance populaire veut aussi que le jour de la fête des lanternes avec celui de la fête de la pleine lune en automne, soient les seuls où une femme enceinte, grâce à un rituel précis, peut connaître le sexe de son futur enfant. Avant minuit, et après avoir fait brûler de l’encens et des bougies devant l’autel des ancêtres, la future mère fait sauter des gâteaux de lune à la poële plusieurs fois tout en murmurant des prières. Puis, tenant un gâteau de lune derrière son dos, elle sort subrepticement de la maison, toutes oreilles dehors. Les premiers bruits ou paroles qui lui parviendront alors, seront des indices révélateurs. La femme retourne ensuite auprès de l’autel et renouvelle le petit rituel culinaire des gâteaux de lune.

Le jour de la fête des lanternes, on a coutume de manger des yuan xiao. Ce sont des boulettes de riz glutineux farcies de saindoux de sucre, de noix, de grains de sésame et de fleurs de canneliers. Là encore il existe une multitude de yuan xiao.

Durant les premières années de la république, on désigna les yuan xiao sous le nom de « tang yuan » (soupe de la réunion), car Yuan Shikai (1859-1916), fondateur du régime républicain en Chine, refusa d’être associé au nom d’une friandise. Plus grave encore, xiao étant aussi homophone de « faire disparaître », yuan xiao signifiait « éliminer M. Yuan » !.

La période des festivités de la fête du printemps s’achève sur la venue de cette seconde pleine lune, et laisse place aux nombreuses fêtes traditionnelles qui jalonnent l’année lunaire.


Publié par Sokha Chet le lundi 15 janvier 1996